Petit entretien sur les symptômes de l’inconscient avec Claire Parada


Nous avons intitulé ces journées « les
symptômes de l’inconscient » : de l’inconscient parce qu’il y a toutes sortes de symptômes
finalement et que tous n’intéressent pas la psychanalyse. Ceux qui intéressent la psychanalyse, c’est
ceux qui sont en rapport avec l’inconscient, qui viennent de l’inconscient. Et ce qui est une conception tout à fait différente
des symptômes en médecine ou en psychiatrie par exemple, qui sont conçus ou considérés
de l’extérieur, comme des symptômes observables de l’extérieur par le praticien. Pour nous, ce qui nous intéresse finalement
ce sont les symptômes qui font symptôme pour le sujet, ce qui fait symptôme pour
le sujet, c’est-à-dire ce qui s’articule dans ses dits, ce dont il nous parle, ce dont
il nous parle et qu’il nous adresse, qu’il nous adresse dans le transfert. Il y a donc une relation tout à fait étroite
entre le symptôme, les symptômes et le transfert. Voilà, donc c’est ce qui fait symptôme
pour le sujet, mais également ce qui le divise. Alors « ce qui le divise » qu’est-ce que
ça veut dire ? Ça veut dire que à partir de la question que nous amène le sujet de
ce qui le fait souffrir — « qu’est-ce qui me fait souffrir ? », « pourquoi je
souffre comme ça ? » —, qu’il puisse finalement reconnaître qu’il y est pour
quelque chose dans ce qui le fait souffrir, qu’il y est pour quelque chose même s’il
ne sait pas en quoi, s’il ignore en quoi. Voilà, c’est ce qu’on pourrait appeler
« subjectiver le symptôme » et que ça, subjectiver le symptôme ça prend un certain
temps, ça prend un certain temps avant finalement que se dégage le symptôme proprement analytique. C’est-à-dire que, au delà de la plainte,
au delà de la plainte du symptôme, du symptôme-plainte, que le sujet ait pu constituer le symptôme,
c’est-à-dire qu’il ait pu reconnaître que ce symptôme a une cause, qu’il y a
bien une cause et que cette cause est à chercher finalement ailleurs, ailleurs que dans sa
conduite habituelle, ailleurs que dans ses pensées conscientes et dans la façon dont
il a l’habitude de résoudre les problèmes, les questions dans sa vie courante. Cette cause est à chercher ailleurs, c’est-à-dire
sur ce que Freud appelait une « Autre scène », puisque c’est le terme qu’il utilisait
pour parler de l’inconscient notamment, et que sur cette Autre scène se jouent des
choses auxquelles le sujet n’a pas un accès direct et qui pourtant le déterminent, le
déterminent dans sa vie, le déterminent dans ses choix et notamment à propos de la
question de son désir. Voilà en quoi le sujet s’en trouve
divisé de ses symptômes et c’est le pendant un petit peu de ce que Freud nous dit à propos
du symptôme qui est double, qui se dédouble justement, en contenu manifeste et contenu
latent ; le contenu manifeste étant finalement ce qui se dit et ce qui s’articule dans
ses dits, ce qu’il montre et ce qu’il dit et le contenu latent étant ce à quoi
ses dits renvoient. Et ce à quoi ses dits renvoient, Freud nous
dit que c’est toujours à un désir, à un désir inconscient, à un désir inconscient
refoulé, refoulé parce que rentrant en contradiction avec les exigences de ce qui lui vient de
l’extérieur, et qui est un désir finalement qui est toujours à déchiffrer dans ce symptôme. Finalement le symptôme en est un mode d’expression
de ce désir inconscient refoulé, c’est un mode d’expression en formation de compromis
et des formations de compromis il y en a plusieurs : il n’y a pas que le symptôme, il y a
le lapsus, il y a le rêve, l’acte manqué, et Freud y range également le mot d’esprit. Et dans le mot d’esprit, on voit bien la
dimension de plaisir finalement, la dimension de satisfaction et la satisfaction étant
également ce qui constitue le symptôme puisque c’est aussi un mode de satisfaction de ce
désir inconscient, le symptôme, un mode de satisfaction, une satisfaction substitutive
peut-être mais une satisfaction, et c’est ce qui fait que le sujet entretient une certaine
ambivalence par rapport à ses symptômes. C’est ce qui fait qu’il a du mal à les
lâcher ses symptômes, parce que c’est là que le désir trouve à s’y satisfaire
et il y a toujours une dimension de jouissance, ce que Lacan appellera
la dimension de jouissance du symptôme. Cette jouissance est justement ce qu’il
va s’agir de cerner tout au long du processus analytique, et spécialement à la fin de l’analyse. Déjà pour Freud, déjà pour
Freud le symptôme était une sorte de solution, de solution du désir pour s’exprimer et
pour se satisfaire. C’est une idée d’ailleurs que Lacan reprendra
même si la solution, il ne la situera pas sur le même plan. Pour lui finalement le symptôme c’est la
solution singulière, unique, propre au sujet, la solution que le sujet a trouvé à sa condition
d’être parlant, à sa condition « d’être parlant » c’est-à-dire d’être rentré
dans le langage et de comment finalement le fait d’être rentré dans le langage a des
conséquences, a plusieurs conséquences, notamment des conséquences sur la sexualité
et ce qui va poser une certaine malédiction sur le sexe si on peut dire, du fait que la
sexualité n’est plus instinctuelle, mais aussi le fait qu’il soit conscient de sa
mort et que pour autant elle reste quand même comme un impensable. Donc le sujet se trouve confronté à la dimension
d’impossible… Donc voilà des questions qui méritent d’être
développées, dépliées et c’est ce que nous tenterons de faire pendant ces deux journées
de congrès.

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